dimanche 8 mai 2016

Mise au point

Les informations fausses et malveillantes récemment publiées sur mon salaire à la Cour des comptes et sur le traitement privilégié dont j'aurais fait l'objet méritent une mise au point.

J'ai été nommée à la Cour des comptes non comme conseiller maître de plein titre mais comme conseiller maître en service extraordinaire, ce qui veut dire pour une période limitée (cinq ans), non intégrée dans les cadres de la Cour, mais mise à disposition par mon ministère avec un salaire de base d'administrateur civil hors classe de mon âge. Entre ce salaire et un versement complémentaire de la Cour, je gagne un peu plus de la moitié des 15000 euros par mois avancés par l'Obs, qu'on a vu mieux informé. 

La Cour n'est pas "une planque", on y travaille beaucoup, dans des conditions bien différentes de l'image rutilante véhiculée (un bureau pour 2, pas de secrétariat). Pour renforcer sa capacité d'analyse et de contrôle, elle s'entoure du maximum d'expertise interne. 

Quant au poste de délégué interministériel à l'intelligence économique, je l'avais accepté en renonçant à mes activités privées et à mon mandat d'administrateur indépendant. Mais c'est un poste discrétionnaire, ce qui signifie que le Président de la République et le Premier ministre, auquel j'étais rattachée, peuvent par la loi en disposer selon l'évolution de leurs choix stratégiques.

Au lieu de cataloguer les gens sur une école suivie à 25 ans, qu'il s'agisse de l'ENA ou de n'importe quelle autre, il serait plus sérieux de regarder leur cursus professionnel et, comme l'ont fait plusieurs journalistes après mon départ, de s'appuyer sur des sources crédibles et des faits vérifiés.    

Pour terminer, j'ai l'intention, dès que j'en aurai le temps, de reprendre ce blog sur des sujets de fond, notamment liés à la mise en œuvre de nos jours de la notion d'intérêt général. 

vendredi 28 août 2015

Mon départ de la Délégation interministérielle à l'intelligence économique (D2ie)

J'ai quitté à regret mes fonctions de Déléguée interministérielle à l'intelligence économique le 26 juin 2015, ayant été nommée le 25 juin Conseillère maître en service extraordinaire à la Cour des comptes. Servir cette institution est un honneur et j'ai l'intention de m'investir et de mettre mon expertise à disposition dans mon nouveau poste comme je l'ai fait dans les précédents. Pour information, "en service extraordinaire" signifie qu'on n'est pas intégré à la Cour mais mis à disposition par son ministère d'origine pour une période de 5 ans maximum. On n'a pas le statut de magistrat. On y travaille, très sérieusement, dans des bureaux de 2 personnes, sans secrétaire. Pas de problème pour moi, j'y ai été habituée pendant des années où j'ai été gérante de ma SARL. Mon prédécesseur Olivier Buquen a été nommé au Contrôle général économique et financier (CGEFI, dépendant de Bercy) après son départ. J'ai personnellement soutenu cette solution parfaitement convenable. Mon ante-prédécesseur Alain Juillet, lui, s'était retrouvé sans emploi quand il a été mis fin à sa mission, ce qui à mon sens était regrettable. Il a heureusement depuis suivi une carrière remarquable.

Pendant un peu plus de deux ans, la D2ie rattachée au Premier ministre a traité un grand nombre de cas concrets d'entreprises, a émis beaucoup d'alertes, d'analyses et de propositions et a lancé plusieurs grands chantiers de fond. Certains comme la réforme territoriale de l'IE, la production d'une doctrine opérationnelle tant attendue de l'intelligence économique (Références et notions clés), la production d'outils de référence,... ont abouti et d'autres très stratégiques étaient en cours quand je suis partie. Je ne peux évidemment en parler. Nous avons systématiquement cherché à décloisonner, à donner de la cohérence aux actions menées et avons, je crois, malgré de rares (mais actifs) blocages, insufflé de manière durable l'esprit d'un nouveau mode de gouvernance, fondé sur l'échange d'informations, entre acteurs publics et avec les entreprises, et sur la prise en compte systématique des enjeux internationaux. Nous avons traité de manière égale les quatre piliers de l'IE : veille/anticipation, sécurité économique, influence internationale et sensibilisation/formation. Cela n'aurait pas été possible sans la présence à mes côtés de Conseillers remarquables de compétence et de dévouement à l'intérêt général. Je souhaite que les résultats obtenus soient pérennisés et que les voies ouvertes se développent. J'adresse mes vœux de réussite à mon successeur car à ce poste, c'est de la compétitivité et de l'avenir de la France qu'il s'agit.

A ce poste stratégique, j'ai pu constater que nombre des observations que j'émettais dans mes livres, notamment dans "Nous et le reste du monde" (2007, nominé Prix Turgot 2008), consacré à la nécessité de changement de paradigmes des élites françaises, étaient toujours d'actualité. En même temps, il faut s'abstenir de toute démagogie, facile mais particulièrement dommageable en ces temps fragiles. La voie est étroite entre une indispensable révolution pacifique des esprits des dirigeants et la non moins indispensable obligation de conserver des repères essentiels et d'éviter le changement copié/collé ou par principe. C'est la voie que je me suis efforcée de tenir dans mon poste. J'ai peut-être une certaine inclination à mener cette action, étant administratrice civile d'origine, n'appartenant pas aux "grands corps" de l'Etat, ni à aucun parti, clan ou réseau, hors les nombreux réseaux de compétences et d'amitiés que je me suis constitué au fil des années en France et à l'étranger. Je suis ce qu'on appelle un produit de la méritocratie et des concours de la République, née bien loin de "l'establishment", que j'ai pu connaître par la suite, dans une famille très diverse par ses origines ainsi que politiquement et socialement. Je pense qu'il faut avant tout s'abstenir d'étiqueter les gens par catégorie ou par origine, quelle qu'elle soit. Estimer et juger selon ces critères est le début du racisme et du totalitarisme. Ainsi, ma promotion de l'ENA est connue (en France essentiellement...) pour avoir produit plus d'hommes et femmes politiques que d'autres, de droite et de gauche. J'aurais pu intégrer la promotion d'avant ou celles d'après, et j'aurais probablement suivi peu ou prou le même cursus, fondé sur mes compétences, mon travail et mes centres d'intérêt, comme bien d'autres. Peut-être de manière moins fréquente dans l'administration, je sais ce que c'est que d'aller chercher un contrat soi-même (grande satisfaction quand on y arrive), d'essayer de convaincre puis de satisfaire un client et de gérer une petite structure avec toutes les difficultés que cela implique. Je connais aussi l'absolue nécessité de connaissance précise de l'environnement et de dialogue multiculturel quand on travaille à l'international et qu'on veut également convaincre. Dans le privé, j'ai toujours consacré une partie de mon temps à travailler bénévolement pour l'intérêt général, comme Conseillère du commerce extérieur de la France puis en adressant personnellement depuis 2001 des notes à tous les pouvoirs en place, proposant des réformes indispensables de la gestion de l'Etat face à la mondialisation, que j'ai également déclinées dans mes livres, articles et conférences. J'ai essayé de les mettre en œuvre à la D2ie, le gouvernement en place en 2013 m'ayant donné la chance de m'y exercer.

J'ai plus que jamais l'intention de continuer à servir mon pays, qui se trouve confronté à des enjeux de développement et à des dangers tels qu'ils devraient unir tous les hommes et femmes de bonne volonté pour les traiter. Notamment, ce qu'on appelle "la guerre des idées" -qui fonde et précède toutes les autres- est vital et nous sommes en France et en Europe assez démunis de ce point de vue. Il s'agit non seulement de se donner une armature intellectuelle face à des dérives idéologiques mortifères en tous genres mais aussi les moyens d'intelligence économique et d'influence internationale de la mettre en œuvre. 

Site de Claude Revel
Twitter : @ ClaudeRevel





dimanche 2 juin 2013

Claude Revel nommée déléguée interministérielle à l'intelligence économique

Claude Revel a été nommée déléguée interministérielle à l’intelligence économique par le Conseil des ministres du 29 mai 2013.

Claude Revel was appointed Déléguée interministérielle à l’intelligence économique by  the French Council of Ministers on 29  May 2013.

Elle a mis fin à son entreprise, ses fonctions et ses mandats privés.
She dissolved her company and put an end to her private Directorships and positions.

"Je suis très honorée de la confiance qui m'est ainsi accordée et ferai le maximum dans mon domaine de compétences pour répondre de manière satisfaisante aux défis posés à notre pays et en particulier à notre économie, avec pour guide l'intérêt général.

Je ne pourrai plus m'exprimer de manière aussi personnelle que j'avais usage de le faire, par respect d'une réserve qui pour moi est un devoir légitime et important, et pour  des raisons évidentes liées à mes activités actuelles."

P.S au 4 janvier 2014 

Je peux néanmoins souhaiter à tous une excellente année 2014, dont il nous appartient collectivement de faire une grande année d'évolution pacifique et prospère dans le monde.



lundi 13 mai 2013

Entreprises françaises, investissez dans la pensée !

On ne le dira jamais assez, le fameux soft power américain, qui soutient le poids de la puissance économique et politique américaine, est aussi et surtout animé et financé par les entreprises et leur fondations, bref le secteur privé en général, qui en ont compris l'importance non tangible mais bien réelle. On connaît les célèbres fondations qui développent des projets internationaux (Soros avec Open Society, évidemment Rockefeller, Heritage, etc.) et aujourd’hui arrive un "petit nouveau" : Mark Zuckerberg qui selon le Wall Street Journal repris par le Monde chercherait lui à lever 50 millions de dollars de la part de pairs (comme le fondateur de Linkedin, Reid Hofffman) pour avec des "camarades de classe" Harvard développer un think tank /groupe de pression politique, diffusant des avis et conseils sur des sujets de société. M. Zuckerberg a déjà donné des dizaines de millions aux écoles de Newark et près de 500 millions de dollars à la Silicon Valley Community Foundation.
Avis aux entreprises françaises intéressées: nous avons des projets utiles, venez nous voir! Venez aussi nous voir à SKEMA Business School. C'est notre travail de produire de la pensée utile et opérationnelle, unissant les compétences des meilleurs experts dans de très nombreux domaines et régions du monde. 
Nos coordonnées sont sur le site IrisAction. Ou sur celui du Centre global Intelligence & Influence de  SKEMA.


Les nouvelles news


Si l'on y regarde bien, les nouvelles sont faites en majorité par des hommes et surtout, la parole est beaucoup donnée aux hommes dans les débats, les interviews, les chroniques. La raison trop souvent avancée :  "Il y a trop peu d’expertes femmes". [Comme : il y a trop peu de femmes suffisamment compétentes pour devenir administrateurs indépendants ou pour accéder à des postes de direction ou pour faire de la politique à haut niveau]. Et même : "Ce n'est pourtant pas faute d'essayer" !!!!!!!!!  (j'ai moi-même souvent entendu ce discours hypocrite).

On citera à ces malheureux en manque d’expertise féminine le Guide des Expertes publié en janvier 2013 par l'agence Epoke. Plus d'excuses -entre autres- pour les débats exclusivement masculins. 

C'est aussi pour lutter contre ces idées reçues et leurs conséquences en termes de contenu de l’information, que Les nouvelles news a été créé par une femme journaliste. Son côté parfois politiquement correct peut agacer mais la majorité des articles sont très intéressants et pointent des aspects de l'information oubliés ou soigneusement rélégués par les chers confrères. Il faut lire la revue de presse internationale du jeudi , où l'on apprend par exemple la mise en place de lois discriminatoires en Indonésie, le zèle -il me semble nouveau- de la police algérienne envers les conductrices femmes (remarquez, dans ce pays, elles ont le droit de conduire et de se plaindre et elles l'utilisent!), le débat sur le traitement des femmes écrivains américains par Wikipédia, les disparitions de filles dans plusieurs pays, mais aussi un concert de rock organisé à Kaboul pour des femmes à la ... barbe des intégristes et autres talibans, dans un lycée français d'ailleurs. Bravo la France !
On y apprend aussi ... l’obligation à l'Académie française d'appeler les académiciennes "cher confrère".... Ouh! les académiciens.


lundi 8 avril 2013

De la norme inutile à la métanorme

La norme inutile
Quand j'ai été auditionnée par les députés de la Commission des Affaires économique de l'Assemblée nationale, une des premières questions a été : mais alors, avec toutes les normes que nous avons, vous voulez encore en créer ?
NON, NON et NON. je dis bien dans mon rapport à la ministre Nicole Bricq:
- qu 'il faut chasser la norme inutile, qu'elle soit d'origine publique ou privée (attention au business de la norme et à ceux qui en créent pour en vendre, y former, auditer... puis actualiser); ou encore attention au pullulement de normes privées (cahiers des charges) qui sont des freins pour les PME;
- que le normalisateur ou législateur français réfléchisse en termes internationaux avant toute nouvelle norme ou règle nationale supplémentaire : quel sera l'effet de ce nouveau texte sur notre position internationale , nos concurrents ont-ils les mêmes lourdeurs ? En sens inverse, comment peut-on tirer parti d'une position avancée en en faisant une norme utile qui pourra ensuite être montrée à l'étranger ? Etc. Toute une approche à acquérir ou développer...

La norme outil de développement des marchés
Mais comme la norme et la règle sont aujourd'hui à  90% d'origine étrangère, il est indispensable :
- d'être présent dans les lieux et les processus de leur élaboration pour chasser la norme inutile et promouvoir des process de production et de gouvernance que nous considérons comme les meilleurs;
- de les anticiper et si possible de les influencer le plus en amont possible.

La norme doit être vue comme un outil proactif aux mains des entreprises pour leur ouvrir des marchés. Elles ne doivent pas laisser cette tâche à l'Etat et en sens inverse, si l'Etat leur en impose trop, elles doivent le dire, s'opposer et proposer. Les fédérations professionnelles sont la pour cela. Les secteurs public et privé doivent en revanche travailler ensemble en subsidiarité et en concertation.

La norme outil de pérennisation de valeurs
Derrière toute norme ou règle il y a une approche, des valeurs, une vision du monde. Y compris derrière les plus techniques (voir l'exemple de la ractopamine dans mon rapport, je vous laisse découvrir).

Pour arriver à une gouvernance mondiale apaisée, il nous faut nous mettre d'accord sur des normes supérieures, des métanormes.

Une me paraît fondamentale car beaucoup en découle : c'est  celle de la laïcité, qui garantit la coexistence pacifique des religions et le respect de tous,  en particulier des femmes, qui sont toujours la cible des intégristes. Malgré les apparences, elle est fortement menacée et sa mise en cause est soutenue par les pays les plus riches, qu'ils soient  islamiques, par conviction, ou ultra libéraux, pour lesquels rien ne compte hors le fonctionnement du marché et où on est bien content qu'un peu de religion tienne les gens tranquilles et au travail.  Voir sur ces points mon dernier livre "La France : un pays sous influences?"

mardi 19 février 2013

Les données, outil de puissance économique et politique

Je compare depuis longtemps l'information à une ressource aussi importante que l'énergie physique. Aujourd'hui plus que jamais, la maîtrise de ce qu'on appelle Big data (les Anglo saxons sont très bons en packaging) est une arme de puissance, économique et politique (cf. mes post précédents).
Et les puissances privées nées dans un garage sont bien aidées par leurs Etats. Quand les Européens "en prendront-ils de la graine"??
Voir un article lumineux "Les données, puissance du futur" (le monde.fr)